Historique

La résistance Lot et Garonnaise dans la 2éme Guerre Mondiale

LES DATES CHARNIERES

  • 18 Juin 1940 : A la B.B.C, Appel du 18 Juin par le Général de Gaulle,
  • Février 1941 : Victoire et serment de Leclerc à Koufra ( Lybie)
  • 8 novembre 1942 : débarquement allié au Maroc et en Algérie,
  • 2 février 1943: Reddition des allemands à Stalingrad ,
  • 16 février 1943 : Instauration du Service du Travail Obligatoire par Laval,
  • le 27 mai 1943 : fondation du Conseil National de la Résistance par Jean Moulin,
  • Le 6 juin 1944 : débarquement allié en Normandie,
  • 15 aout 1944 : débarquement en Provence
  • 19 aout 1944 :Libération d’Agen ET DU Lot et Garonne.

INTRODUCTION

Au mois d’août 1944, le quart Sud-Ouest de la France s’est presque entièrement libéré seul des 400.000 soldats allemands qui l’occupaient. Longtemps considérée par les Alliés comme une force occasionnelle pour affaiblir l’adversaire, la Résistance a alors montré sa capacité à atteindre l’objectif qu’elle s’était assigné. Mais son éclosion et son cheminement consistent en une multitude de faits qu’il est difficile de situer dans un ensemble cohérent tant les documents sûrs sont rares, et les souvenirs sont souvent imprécis sur les dates, les lieux et les circonstances.
Le Lot-et-Garonne est alors un département majoritairement rural où la petite exploitation paysanne a résisté à la crise des années 30, au prix d’une vie étroite et chargée de travail. Ses agriculteurs, pauvres et besogneux ont une bonne instruction élémentaire, lisent les journaux et s’intéressent à la politique. Calmes et avisés ils ont échappé aux ligues, à Dorgères et à ses « Chemises vertes ». Ils soutiennent l’école laïque et, pour la plupart, votent Radical; les cantons de l’Ouest votent communiste dans le sillage du député Renaud Jean.. Ceci pendant que nos petites villes n’échappent pas aux manifestations bruyantes des « Croix de Feu » puis du « Parti Social Français » contre la démocratie.
Tous sont choqués par l’Accord Germano-russe qui précipite l’Europe dans la guerre, puis atterrés par la défaite de nos armées. Ils tentent de se rassurer en apprenant que le maréchal Pétain prend la France en mains mais comprennent très vite qu’elle s’enfonce pour longtemps dans le malheur.

l. La formation des réseaux

L’armistice écrase le pays. Les Allemands s’attribuent les 2/3 de la France jusqu’à une ligne de démarcation, quasi infranchissable qui passe de Langon à Mont de Marsan, aux limites du Lot et Garonne. La France doit payer, pour frais d’occupation 400 millions de francs par jour jusqu’au rétablissement de la paix. Les prisonniers – près de 2 millions qui sont encore en France – ne seront pas libérés mais, bien au contraire, partiront pour l’Allemagne où ils seront internés dans des Stalags pour les soldats, des Oflags pour les officiers . L’armée française, dite « Armée de l’Armistice » sera réduite à 100.000 hommes.
Pétain, installé à Vichy, reçoit des Chambres, le pouvoir absolu qu’il leur demande, supprime les partis politiques et les Franc-maçon, puis les syndicats, et crée la Légion des Combattants dont il attend le soutien. Le mot de République disparaît, remplacé par « État Français » avec, pour devise : « Travail, Famille, Patrie ». Xavier Valat nomme Commissaire aux Questions Juives , imite les lois nazies.
D’autre part, fonctionnaires, magistrats, officiers doivent prêter serment de fidélité au Maréchal.
La France est écumée par les vainqueurs qui s’emparent de la plupart des locomotives et des wagons. Le blé, le beurre, le vin, le café, les légumes secs disparaissent .
Dès juillet 1940, le rationnement est installé pour le pain, le sucre, les pâtes, l’huile, le savon puis , pour le tabac, les chaussures, les vêtements…..
Dans la torpeur qui suit le désastre, la Résistance individuelle est instinctive et reste inorganisée. Elle commence dans l’isolement : quelques tracts, quelques graffitis de Croix de Lorraine . On écoute la radio anglaise, on lacère les affiches de propagande nazie…
Les militants des partis et des syndicats dissous se rencontrent et restent en relation. Ils aident des prisonniers, évadés avant d’avoir quitté la France. Ils cachent des anciens des Brigades Internationales menacés d’internement, ils indiquent les passages encore possibles dans la Ligne de Démarcation. Spontanée au début et faite d’actes individuels, la Résistance s’organise autour d’un projet commun, autour d’un journal clandestin ou au hasard de rencontres entre membres d’associations dissoutes. Ainsi naissent une C.G.T clandestine (Gérard Duprat, Saby…) et un Comité d’Action Socialiste (Vincent puis Archidice, Arrès..)
De Bias où ils résident, le capitaine Guérin et quelques autres officiers de l’Armée de l’Armistice camouflent des armes, le colonel robinet fait de même à Sainte Livrade. Un groupe «Liberté» se forme aux environs d’Agen autour de Duvergé, Ginestet, Serbat, Duprat. Puis, à Agen, Lescorat, Banabera et Fontaine créent une section du réseau « Combat » qui se développe à Lyon. Chacun de ces groupes a des limites incertaines et il n’est pas rare que des résistants passent de l’un à l’autre. Des communistes se regroupent en « Organisation Spéciale » (O.S.) autour de Filhol, Rabardel, Sarrou et essaiment jusqu’à Marmande où Salamero et ses camarades réussissent les premiers sabotages de camions. Notons que l’Intelligence Service et le War Office ont chacun un indicateur discret en Lot-et-Garonne qui décèlera la formation de ces premiers réseaux et renseigne le gouvernement anglais et, éventuellement, De Gaulle.

Pendant ce temps, Pétain continue de se prendre pour un sauveur. Cette relique vivante de 84 ans est vénérée comme une icône. Il prêche le retour à la terre, à l’artisanat, aux corporations. Il trace les grandes lignes d’une Révolution Nationale qui abolira tout le mal fait par la Révolution Française, mais il se montre incapable de soustraire la France aux violations des Conventions d’Armistice. Il vient à Agen le 30 août 1941 où il est reçu au Gravier par une foule en état d’hypnose, mais aussi par une grève de quelques minutes à l’usine Granges après un coup de sirène intempestif….

Désormais la. Résistance existe, organise des évasions vers l’Espagne et sauve des aviateurs anglais abattus. Mais elle reste peu nombreuse et faible, faute d’armes et, plus encore, faute d’espérance dans la défaite allemande.

2. L’intensification de la guerre et de la Résistance

En apprenant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, le 22 juin 1941, beaucoup de Français se sont sentis soulagés : l’Angleterre qu’on devine à bout de souffle va pouvoir reprendre haleine.
Les communistes, restés discrets jusque là parce que leurs chefs sont emprisonnés et que, cette guerre était, à leurs yeux, un conflit entre impérialismes, vont rapidement gonfler le nombre des insoumis. Le Front National qu’ils avaient créé dans la période précédente devient alors le réseau le plus étoffé et le plus éclectique puisque on y trouve Georges Bidault, champion de la Démocratie Chrétienne et même François Mauriac ! Ses Corps Francs, les Francs Tireurs Partisans de Charles Tillon ont des instructeurs particulièrement aguerris : les rescapés des Brigades Internationales de la Guerre d’Espagne. Cependant il y a très vite un désaccord sur la méthode à appliquer. Le Front National préconise une action brutale, immédiate et incessante, capable de soulever les masses populaires alors que les autres réseaux souhaitent continuer de s’organiser en vue d’un soulèvement le jour venu, ce qui correspond au projet de De Gaulle.
Le 21 août 1941, l’ouvrier Pierre Georges passe à l’acte en abattant un officier allemand au métro Barbès et réussit à s’échapper (Connu par la suite sous le nom de Colonel Fabien, il commandera la Brigade d’Ile de France, rejoindra la 1ère Armée et y mourra au combat). Peu de temps après, un autre officier allemand est tué Place Pey Berland à Bordeaux, puis un autre à Nantes. Chaque fois les Allemands fusillent 50 otages pris dans les prisons.
De Gaulle et Churchill désapprouvent. . Les Allemands ont beau jeu de démontrer que Communisme égale Terrorisme. La presse de Vichy fait de tous les résistants des terroristes Plusieurs milliers de jeunes Français s’engagent, sous uniforme allemand, dans la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme.
7 décembre 1941 : Le Japon entre en guerre en coulant la flotte américaine à Pearl Harbor. Deux jours plus tard Hilter déclare la guerre aux Etats-Unis. Roosevelt conserve néanmoins de bons rapports avec Pétain auprès duquel il maintient, comme ambassadeur, son ami l’amiral Leahy. Mais l’Angleterre, déjà aidée par la loi Prêts-bails devient le bastion avancé des États-Unis, une sorte de porte-avion géant ancré sur les côtes d’Europe.
Le pillage de la France continue. La laine, le coton, la soie, le cuir ont disparu ; les carburants aussi : on se déplace en camions à gazogène ou en vélos-taxis ; les trains, de plus en plus rares s’arrêtent à toutes les gares et sont toujours bondés.. Les pommes de terre sont remplacées par les rutabagas et, les jours de chance , par des topinambours. Les rations de pain et de viande, de mauvaise qualité, diminuent, et il faut des heures de queue pour les obtenir.

Auprès de chaque Cour d’Appel, des « sections spéciales » punissent les terroristes ou supposés tels, leurs condamnations étant immédiatement exécutoires, sans pourvoi ni appel.. Vichy affirme que, par ces punitions et par la Révolution Nationale, il forge une jeunesse forte et combattive.
Las ! Les ados deviennent zazous ! Refusant le mythe du héros nordique des nazis, ils se comportent avec désinvolture, dans des tenues excentriques et des chevelures longues et frisées. Et parce qu’ils sifflent les films allemands dans les cinémas, les salles restent éclairées pendant la projection.
Le 22 juin 1942, Laval lance à la radio « Je souhaite la victoire de l’Allemagne » et décrète la Relève qui doit permettre le retour de quelques uns de nos prisonniers échangés. avec de jeunes ouvriers français.
Le 14 juillet suivant, les Agenais montrent leur désapprobation par une manifestation unitaire à la Porte du Pin, que la police disperse. L’attente est trop longue. Le dénuement et la négation de toute dignité humaine deviennent insupportables. Même les plus sages deviennent impatients : les effectifs des F.T.P progressent plus vite que ceux des autres réseaux.
Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord et, le jour-même, Roosevelt retire enfin son ambassadeur à Vichy tout en conservant à Pétain une étrange vénération. Trois jours plus tard, les Allemands franchissent la ligne de démarcation et occupent la zone libre. A Agen, la Kommandantur s’installe à l’hôtel Central, rue Lafayette, la Feldgendarmerie au Régina et la Gestapo rue Louis Vivent. L’armée de l’armistice se disperse ; quelques uns de ses officiers rejoignent l’O.R.A (Organisation de Résistance de l’Armée) du général Revers, d’autres, le capitaine Guérin. La plupart se sentent liés par leur serment à Pétain et attendent…
En septembre 1942, l’armée allemande de Von Paulus, armée d’élite, est arrêtée à Stalingrad, enfin ! Nul ne peut ignorer que les Français s’en réjouissent. Devant les incidents qui se multiplient, Darnand, déjà incorporé dans la Waffen-SS, crée la Milice, en uniforme noir avec insigne gamma pour anéantir les terroristes. Un poste de miliciens est tout de suite installé à Agen, boulevard Carnot, presque en face de la Feldgendarmerie ,face au Régina.
Stalingrad : Le 2 février 1943, ayant épuisé ses munitions et perdu la plupart de ses soldats, Von Paulus capitule. Le retentissement est immense et les conséquences apparaissent très vite. La Résistance va y trouver son second souffle. Pour arrêter les Russes, Hitler a besoin de tous les Allemands dans ses armées. Il va les remplacer dans ses usines par une main d’œuvre importée de force.
Le 16 février 1943, Laval instaure le Service du Travail Obligatoire et la plupart des jeunes gens requis partent pour l’Allemagne par trains entiers.

3. Le temps des maquis

Tout à coup, la grande affaire c’est d’échapper au S.T.O qui touche d’abord les jeunes employés, étudiants, ouvriers des villes. Comme ils s’échappent vers les campagnes, les mouvements de résistance se trouvent devant un phénomène de masse qu’ils n’ont ni provoqué ni prévu et dont les Allemands sont responsables.
Les maquis sont pris en charge par les réseaux qui les aident à survivre et qui ne s’occupent plus momentanément de combattre mais de loger, de nourrir, de vêtir ces réfractaires.
Le flot s’accroît encore quand le gauleiter Sauckel exige la classe 1942 tout entière, et cette fois ce sont les jeunes ruraux qui affluent ; leur présence crée un lien avec la population dont la complicité et le concours sont indispensable.
Ces jeunes apprennent la clandestinité, les fausses identités, le cloisonnement entre les individus, les consignes qu’on applique sans en connaître l’origine, ce qui fait que ces maquis sont mal connus de la Résistance elle-même. Ils apprennent aussi la guérilla, à être très mobiles, à glisser entre les doigts de l’ennemi, à surgir devant ou derrière lui, à attaquer un détachement isolé et à s’évanouir dans la nature. Avec les communistes qui lancent très tôt ces jeunes dans l’action, la Résistance prend une dimension nouvelle ; elle devient populaire, elle n’est plus le fait de minorités mais celle des masses.
Ces maquis n’ont pas la quantité ni la qualité de l’armement dont ils ont besoin. Les Alliés ne connaissent que 4 grandes régions de maquis: la Savoie, le Vercors, l’Auvergne et le Limousin. Les gros envois d’armes leur sont réservés. Cependant les parachutages de containers se multiplient dans le Sud-Ouest, provenant de 3 sources différentes :

La plus importante est le S.O.E (Special Operation Executive), branche du War Office, Ministère de la Guerre anglais, créée dès 1940 par le major Buckmaster. C’est ce S.O.E qui envoie le major George Starr, dit Hilaire, dans notre région où il crée le réseau Wheelwright couvrant le Lot-et Garonne et les départements voisins. C’est lui qui déclenche la plupart de parachutages (mitraillettes Sten, armes de poing, matériel radio…) Au moment du débarquement, il y aura 150 émetteurs-récepteurs du S. O. E en fonctionnement en France

Le S.I.S (Special Intelligence Service) également britannique, sans rapport avec le précédent

L’ O.S.S (Office of Strategic Service), américain, le moins actifs.

Ces parachutages sont destinés à l’Armée secrète, pas aux FTP qui doivent prendre leurs armes aux allemands ou récupérer des containers parachutés pour d’autres. D’où des tensions entre les groupes de résistants, mais toujours moins fortes que l’unanimité contre les Allemands.
Les 3 fournisseurs n’envoient rien aux F.T.P, pourtant les plus nombreux et qui doivent soit prendre leurs armes aux Allemands, soit récupérer par la force des containers parachutés.

Le gouvernement français d’Alger éprouve de telles difficultés à faire équiper son armée régulière qu’il n’apporte pas d’aide matérielle. Il est vrai qu’il s’en passe de belles à Alger ! L’amiral Darlan y règne un mois et demi sous protection américaine. Son assassinat donne le pouvoir au général Giraud qui se veut le porte-parole du maréchal, et qui continue de publier les ordonnances prises à Vichy, de maintenir la légion des combattants, de poursuivre juifs et gaullistes, d’empêcher les F.F.L (Forces Françaises Libres) parvenus en Libye de venir à Alger, et, d’ignorer le général De Gaulle, toujours à Londres.

Or c’est le moment où Jean Moulin réunit les mouvements de Résistance et fonde le C.N.R le 27 mai 1943. De Gaulle raconte dans ses « Mémoires de guerre »

« 15 mai : télégramme de Jean Moulin : Tous les mouvements [...]affirment [ ...J que le peuple de France réclame l'installation rapide à Alger d'un gouvernement provisoire sous la présidence du général De Gaulle [...J 27 mai : le CNR, réuni au complet 48 rue du Four tenait sa première séance sous la présidence de Jean Moulin et me confirmait son message [...J

Le télégramme de Paris, transmis à Alger et publié par les postes radio [...]produisit un effet décisif [... ]parce qu’il donnait la preuve que la Résistance française avait su faire son unité. « La voix de cette France écrasée mais grondante et assurée couvrait soudain le chuchotement des intrigues et les palabres des combinaisons. J’en fus, à l’instant même, plus fort, tandis que Washington et Londres mesuraient sans plaisir, mais non sa lucidité la portée de l’événement ».

Le 30 mai 1943, De Gaulle arrive à Alger où il est accueilli par le général Giraud. Il organise le 3 juin , le Comité Français de Libération Nationale dont il restera seul président le 9 novembre.

La période quoi suit est marquée en Lot-et-Garonne par 3 épisodes tragiques :

346 juifs rassemblés au château de Tombebouc( Commune d’Allez ) sont conduits au camp d’extermination d’Auschwitz.

Et si, à Eysses, une cinquantaine de prisonniers politiques réussissent à s’évader, un mois et demi plus tard (19 février 1944), l’insurrection des 1500 détenus échoue après 13 heures de combats meurtriers avec les G.M.R ( Groupes Mobiles de Réserve) et la milice ; les survivants sont expédiés à Dachau sans que la Résistance ait pu arrêter leur train.

Et le 21 mars, la division Das Reich fait une grande rafle très brutale à La Capelle-Biron, Gavaudun et Salles et qui se termine par de nombreuses déportations.

Bien loin d’affaiblir la Résistance, ces exactions accroissent son essor. Les effectifs ne cessent de gonfler créant de nouveaux problèmes de ravitaillement car les jeunes qui arrivent ont toujours faim. Les paysans arrivent bien à soutirer des bêtes à la réquisitions mais le pain manque, même avec des tickets, vrais ou faux. Et pour les chaussures, les vêtements ou les pneus de vélo il n’y a pas d’autre ressource que les « descentes » c’est à dire le pillage de commerçants auxquels on remet en partant un bon de réquisition portant un cachet de « Soleil », « François » ou d’autres. Bien entendu les boutiquiers n’y croient guère mais ceux qui gardent ces bons auront la surprise d’être dédommagés quelques jours après la Libération.

Ces jeunes assistent le cœur battant à leurs premiers parachutages nocturnes, étonnés que des avions partis d’Angleterre, et qui y repartent, arrivent à repérer les petites lampes de poche de la « dropping zone » pour y larguer leur chargement ; après quoi il faut se hâter de cacher les containers et de replier les parachutes avant le jour. Et ils commencent aussi à manier -avec méfiance- les pains de plastic et à apprendre à utiliser les détonateurs.

De Gaulle n’a pas imaginé ces maquis, devenus si importants que le mot « maquisard » remplace souvent celui de résistant..I1 a pensé longtemps que la Résistance, aveugle et fragile, jouerait un rôle au moment précis du débarquement allié. Il l’avait conçue comme une petite armée cachée formée d’élites disciplinées dont il nommerait les chefs et à qui des armes et des ordres seraient donnés au moment opportun.

Et maintenant il se rend compte que les meneurs des maquis, que les responsables de l’action clandestine sont des Français de base, de petites gens dont la valeur humaine, le patriotisme et le courage sont inversement proportionnels au rang social. Même l’ « Armée Secrète » (en Lot-et-Garonne : le Bataillon Néracais, le Groupe François, le Bataillon Mickey, le Groupe Vény…) ne correspond plus, du fait de son recrutement massif, à sa conception première ; et c’est bien pire avec les F.T.P – Francs-Tireurs ¨Paysans – (en Lot-et-Garonne les Groupes Arthur, Prosper, Soleil, F.T.P, M.O.I). On ne peut pas continuer à les encourager et à les armer sans les coordonner.

Le ler février 1944, le Comité Français de Libération Nationale donne le nom de Forces Françaises de l’Intérieur à l’ensemble des mouvements de Résistance. Ses formations de combat doivent s’organiser en unités militaires et les chefs reçoivent des grades correspondants aux effectifs commandés. Le général Koenig à Londres en prend le commandement théorique. En France occupée les F.F.I reçoivent les instructions du COMAC (Commission d’Action militaire), organe militaire du C.N.R, préoccupé d’unité d’action dans l’insurrection nationale et qui s’oppose parfois aux instructions du général Koenig.

La France se couvre d’un réseau administratif secret de Comités régionaux, départementaux, locaux.. Pour le Lot-et-Garonne, le Comité Départemental de la Résistance (C.D.R) est constitué le 29 avril 1944 à Montauriol et se met aussitôt en rapport avec le Comité Régional de Toulouse. Au cours des réunions suivantes il désigne Menvielle, « le colonel Main Noire » comme commandant des F.F.I du département, assisté du « colonel Beck » (A.S) et du « capitaine Raymond » (F.T.P).

4. la libération de la France et du Lot et Garonne

A partir du 1er juin 1944, la BBC diffuse de nombreux messages annonciateurs de l’attaque sans en dire ni la date ni le lieu ; ces messages mettent en insurrection l’ensemble de la Résistance. Toute la nuit du 5 au 6 juin, passent les messages qui déclenchent l’action immédiate, mettant en application tous les plans d’action en même temps et partout à la fois. Ainsi, après avoir longtemps hésité à reconnaître et à armer la Résistance, le Haut Commandement Allié la lance d’un coup dans la bataille de France sans tenir compte de la disproportion énorme entre les tâches qui lui sont demandées et les moyens pour les exécuter.

Cette levée en masse répand une grande peur qui démoralise beaucoup d’Allemands. Les maquisards entrent drapeau en tête à Miramont, à Duras, à Lauzun, à Villeréal, à Casteljaloux, à Houeillès qui connaissent quelques heures de liberté provisoire avant d’être repris par la force. Des Allemands tirent de tous côtés, au hasard, tuant des civils et font bombarder Houeillès par leur aviation

A Paris, Philippe Hanriot, nouveau ministre de l’Information (c’est à dire de la. Propagande) parle tous les jours à la radio pou adjurer les Français de combattre les « terroristes » qui ouvrent le pays à la bolchevisation. C’est un orateur extraordinaire dont l’éloquence, la voix prenante, l’accent de sincérité sèment le doute chez les attentistes.

Dès le 10 juin, le général Koenig, toujours à Londres ordonne ( par crainte des exactions nazies ? par peur de voir détruits des ouvrages dont les Alliés auront besoin ?) de freiner la guérilla dans les zones éloignées du front. Chez nous, les combats continuent au hasard des rencontres : le 13 juin , accrochage à Astaffort, très violent, entre résistants et miliciens aurait fait 70 morts. La réaction de Vichy est terrible :
par la loi du 20 juin 1944, Laval instaure les Cours Martiales de la Milice condamnant à mort sans procès des accusés immédiatement passés par les armes.. En réponse un commando de résistants supprime Hanriot

Les résistants lot-et-garonnais continuent de faire ce qu’ils peuvent pour appliquer le plan « vert » qui doit paralyser les transports ferroviaires.

Il leur faut empêcher les éléments de la division Das Reich épars dans le Sud-Ouest, d’arriver à temps en Normandie Les groupes Mickey (Main Noire) dans les Landes, Max (sous-groupe du Bataillon Néracais) vers Aiguillon, Vény entre Penne et Fumel coupent les voies en les plastiquant ou en faisant sauter les ponceaux. C’est très efficace. Vichy répond en réquisitionnant les hommes valides qui servent de garde-voies. Résultat : si la voie est endommagée, le garde-voie part avec les maquisards. De Gaulle écrit dans ses « Mémoires de Guerre »

A la fin du mois de juillet, les Forces Françaises de l’Intérieur retiennent devant elles huit divisions ennemies, dont aucune ne pourra renforcer celles qui se battent sur le front…

Trois Panzer divisions que le commandement appelle d’urgence en Normandie pour qu’elles s’engagent dans les quarante-huit heures subissent d’énormes retards[ ... La 2ème Panzer SS dite « Das Reich », partie de Montauban le 6 juin et qui ne peut utiliser les voies ferrées -toutes hors d'usage- voit ses éléments arrêtés ( ... ]Le 18 juin seulement, elle arrive à Alençon épuisée et décimée.

Rappelons qu’Eisenhower estime l’appoint des FFI à la valeur de 15 divisions.

La Milice est trop faible et trop impopulaire pour appliquer seule la terreur légale, mais elle enquête en torturant et fait appel de plus en plus souvent aux Allemands. Les accrochages se multiplient du 22 juin à Buzet au 17 août à St Jean de Thurac : on en trouve le détail dans

« La Résistance en Lot-et-Garonne » où on trouve aussi le témoignage poignant de toutes ces vies éprises de liberté, sacrifiées en un instant à la brutalité aveugle du fascisme ou nazisme ?

Dans la nuit du 15 au 16 août 1944, les miliciens sont évacués vers l’Allemagne après avoir revêtu des uniformes feldgrau pour leur éviter d’être massacrés.

Le 15 août, 1e débarquement de Provence ouvre un nouveau front. Les Allemands du Sud-Ouest tentent de se dégager pour éviter d’être encerclés. Le 18, des soldats postés au Pont de Pierre prennent quelques vélos dont ils font descendre les utilisateurs ; craignent-ils de n’avoir pas de place dans les transports motorisés ?

Le 19 août, à 2 h. du matin, Jules Saby , ouvrier boulanger se met au travail à la boulangerie Simoneau, cours Victor Hugo. Il entend des détonations et voit des lueurs d’incendie vers la Caserne Toussaint. Des camions passent, pleins de soldats. Saby comprend que les Allemands évacuent la ville et, à l’aube, grimpe à Foulayronnes pour avertir ses camarades du réseau Prosper qui s’y trouvent.

Vers 7 heures, il redescend avec eux à Agen. La ville ne commence à se rendre compte qu’elle est libre qu’à l’apparition des drapeaux, celui de Prosper, celui du groupe Vény qui arrive par la route de Toulouse, celui du groupe François qui installe son PC à l’hôtel Jasmin. Les gens sortent de chez eux et se parlent, chacun essaie de s’informer. Saby et son cortège , auquel se joignent des hommes de Vény, descendent le boulevard, prennent la rue Voltaire et entrent à la mairie d’où ils jettent les portraits de Pétain à la foule qui les piétine ; l’ancien maire, Dr. Messines, paraît au balcon, applaudi..Avec le C.D.L (Comité Local de Libération), ils vont à la prison pour faire libérer les prisonniers politiques. ( 6 )

Vers 10 heures, tout Agen est dans les rues ; on se persuade : ils sont partis! Alors la liesse éclate. Un cortège, spontané, va de la gare à la Porte du Pin où un homme apporte un buste de Marianne qu’il juche sur le piédestal de la statue de la République, enlevée par les Allemands. La foule applaudit frénétiquement. L’homme, reconnu ensuite comme un dangereux « collaborateur » sera mis en prison.. La foule se porte alors place de la Préfecture et se recueille devant le Monument aux Morts.

Un troisième cortège descend le Boulevard Carnot vers la gare pourchassant quelques femmes nues et tondues. Épisode de courte durée mais dont on parlera beaucoup sans s’être assuré que ce soient de vrais résistants qui poussent ces femmes dans cet état.

Pendant ce temps, l’État-major de la Résistance s’installe, sous la direction de « Main Noire » à la Chambre de Commerce, rue des Écrevisses et établit un premier contact avec les autres villes du département A la Caserne Toussaint, Goudounèche, dit « intendant Auriol », qui a récupéré un important dépôt de farine, fait annoncer que le pain sera désormais vendu sans tickets. Pendant quelques jours Agen fait un festin de pain, mais ça ne dure pas. On trouve, à la caserne Toussaint, des centaines de photocopies grand format de nos cartes d’tat-major qu’on va envoyer à l’institut de Géographie de Bordeaux. On récupère un stock d’uniformes neufs des chantiers de Jeunesse pour habiller ceux des maquis qui en ont besoin.

Vers midi, un dernier camion d’Allemands (retardé par une panne ?) est stoppé à une chicane à Jasmin. Après une salve de mitraillette sans effet, il réussit à repartir en perdant deux hommes qui tombent pendant la manœuvre. Agen a ses deux prisonniers de guerre.

Vers 15 heures, des rumeurs annoncent que les Allemands reviennent par la route de Bordeaux. Les rues se vident, les drapeaux sont enlevés. Le groupe Tchad, fraction du groupe François, est envoyé à Rouquet pour construire une barricade et commence à scier des platanes avec l’aide de la population. Ce n’était qu’une rumeur ; les drapeaux réapparaissent et la fête reprend.

Le 20 août, le Comité Départemental de Libération, présidé par le colonel Beck (capitaine Guérin) , s’établit à la préfecture, y installe un préfet provisoire M. Duvigneau, et décrète l’interdiction d’opérer aucune arrestation sans mandat. Colonel Minvielle ?

De son coté le Colonel Main Noire, craignant des tensions provoquées par des attentistes, encore mal informés mais déjà divisés entre pro- et anticommunistes, précise dans un communiqué que l’appellation F.F.I couvre toute la Résistance Unie, Corps Francs et F .T .P compris.

Le 23 août, le Comité Local d’Agen forme un conseil municipal avec pour maire Messines (socialiste) et pour adjoints Nancel-Pénard (communiste) et Lescorat (démocrate-chrétien).

Le dimanche 27 août a lieu le défilé de la victoire où toutes les formations combattantes, conduites par Main Noire, descendent le boulevard de la République sous des acclamations d’autant plus soutenues qu’on vient d’apprendre la libération de Paris. Un hôte de marque imprévu arrive dans un petit avion Caudron : M. Vaquer, représentant le commissaire de gouvernement, que De Gaulle vient d’envoyer à Toulouse, ce qui établit enfin définitivement, et aux yeux de tous, la jonction des résistants lot-et-garonnais avec le gouvernement.. M. Vaquer approuve toutes les décisions prises et, avant de repartir, se fait présenter, au Gravier, les chefs de groupe des résistants.

Cependant le colonel Beck s’inquiète de savoir tant de jeunes gens armés, inoccupés dans la nature, alors que quelques chefs de maquis tentent de prolonger leur temps d’importance en gardant leurs recrues et en se lançant dans l’action politique qui a vite fait de les opposer les uns aux autres. On va donc donner aux jeunes le choix soit de rentrer chez eux une fois désarmés, soit d’entrer dans des unités régulières pour se battre contre les Allemands encore en France.

Sur 11 000 résistants homologués (non compris les 250 qui ont été tués avant le 19 août), les 4/5 optent pour le retour immédiat à la. vie civile.

  • 1500 vont s’engager dans l’armée débarquée en Provence qu’ils rejoindront dans la vallée Saône -Rhône sur des camions à gazogène après avoir cherché les rares ponts intacts sur la Loire ; regroupés au Nord de Dôle sous le nom de « Brigade Garonne » et sous le commandement du colonel Menvielle ( Main Noire il seront incorporés au camp de Valdahon (dans le Jura) et amalgamés aux effectifs de la l ère armée; ils participeront aux combats d’Alsace, au passage du Rhin, atteindront le Danube et, après la fin des hostilités, assureront l’Occupation française au Sud de l’Allemagne.
  • 800 autres choisissent le théâtre d’opérations de la Pointe de Grave. Ils sont d’abord réunis à la Caserne Toussaint pour y subir, pendant les mois d’automne, un entraînement rigoureux les préparant à leur tâche. Ayant pris le nom de Bataillon Atlantique ils partent en Gironde sous le commandement du colonel Baril et joignent leurs efforts à ceux des autres F.F.I du Sud-Ouest. Ils sont renforcés en mars 1945 par des unités coloniales débarquées en Normandie. La Pointe de Grave, énorme forteresse de 110 blockhaus précédés de barbelés et de champs de mines, tombe fin avril, quelques jours avant la capitulation de l’Allemagne.

Par le nombre de ses participants, leur courage et leur efficacité, la Résistance lot-et garonnaise a montré sa vitalité, son refus de l’affaissement du pays, sa volonté de renverser l’ordre nazi pour retrouver la liberté . Son honneur est d’avoir participé, malgré les dangers encourus, au rétablissement de la démocratie, à la direction de laquelle ses suffrages vont porter des hommes nouveaux qui ont fait, dans l’adversité, la preuve de leurs convictions.

Rédigé par Monsieur Jacques Munier Ami de la Résistance A.N.A.C. R